Il était grand temps que j’aborde enfin ce fameux sujet qui est sur toutes les lèvres : la charge mentale.

Pour celles et ceux qui auraient hiberné ces derniers mois, je vais d’abord vous résumer le machin.

La charge mentale, c’est quoi?

Je pense que quasi tout le monde a vu la vidéo absolument parfaite de la blogueuse illustratrice Emma…

Donc la charge mentale, c’est le poids qui pèse sur la personne qui est “responsable de la gestion de la maison”.

Elle est pour qui cette charge?

Bah devinez…

De tous temps, l’homme était chargé de bosser et de ramener la money. Les femmes devaient avoir L’AUTORISATION de leur mari pour pouvoir travailler et, finalement, c’est dans les périodes de guerre qu’elles étaient libres de démontrer leurs aptitudes. (Pour rappel, ce sont les femmes qui ont remplacé les hommes dans les champs et dans les usines…)

De tous temps, le rôle des femmes était d’élever les enfants et d’entretenir la maison. Un deal parfaitement acceptable si l’on y songe si les couples avaient considéré l’argent rentré comme l’argent gagné par les DEUX travailleurs. Un deal parfaitement acceptable parce qu’il fallait bien l’un et l’autre et que… pourquoi pas chacun son taf si les deux sont d’accord.

Sauf que dans un certain esprit masculin, l’équivalence de ces deux “métiers” n’était pas évidente et que l’argent était SON argent.

ET c’est de cet état de fait TRADITIONNEL que provient la Charge Mentale : la gestion de la maison est restée “le job de la femme”. Sauf que depuis, elle en a souvent un autre.

Résultat, là où l’homme a conservé son esprit tranquille de toute charge organisationnelle supplémentaire, la femme ne se pose jamais totalement. Parce que oui, il reste toujours bien une machine à faire tourner, une signature de journal de classe à ne pas oublier, un lave-vaisselle à vider sinon demain matin il faudra mettre les assiettes du petit déjeûner dans l’évier, et rappeler au petit qu’il doit prendre son sac de piscine et dire à la grande qu’on a mis 5€ dans son sac pour le midi, et que va-t-on manger? et oh mince j’ai oublié de reprendre du café et c’est quand déjà les poubelles?

Rho ça va c’est pas la mort!

Non, ce n’est pas la mort. Mais c’est un peu comme quand on joue à Tetris (pour les vieux) pendant 5h d’affilée : tu vas te coucher et les pièces continuent de descendre devant tes yeux. Alors des fois tu te réveilles avant le réveil parce que “OH MERDE c’est le jour de la danse de Poulette et j’ai oublié de laver son maillot!”. La journée commence en cherchant des solutions et ce sera l’essentiel de la vie quotidienne.

Alors parfois, madame n’est “pas marrante”, parce qu’elle s’endort à 21H devant la télé, la tête pleine de détails qui, mis bout à bout, n’en sont pas.

Mais ce ne sont pas que les femmes voyons!

Non, c’est vrai. C’est aussi tout un tas de parents célibataires, ce sont aussi des hommes qui ont pris ce rôle parfois (parce que oui, ça arrive)… Mais quoiqu’il en soit, partout, il y a UNE personne qui se tape ce job plutôt ingrat.

Oui mais moi j’aide ma femme!

Oui, il y a pleiiiiiin d’hommes en 2017 qui trouvent normal d’aider. Mais comme le montre parfaitement cette vidéo, souvent, ils ont le rôle d’exécutants. Et l’exécutant, bah, il exécute. Il vide le lave-vaisselle qu’on lui a demandé de vider, il va chercher les enfants etc. Mais la plupart du temps, c’est parce qu’on lui a donné cette charge. On la lui a DELEGUEE. Par définition, déléguer, c’est transmettre un rôle qu’on a à la base. Donc la tâche reste quand même dans le chef du “délégueur”. Dans sa tête en gros. Et c’est là que se pose le problème : dans la tête. La tête trop remplie de tas de détails épuisants parce que incroyablement nombreux.

Alors le/la porteur/euse de charge devient un peu dingue, a des réactions que personne ne comprend et s’emballe parce qu’elle a oublié une connerie et qu’on lui pose une petite question anodine…

La personne qui porte la charge mentale est un peu le patron qui aurait toutes les responsabilités et tous les jobs mais qui pourrait de temps en temps filer une tâche ou une autre à un employé qui n’en serait pas complètement responsable.

Mais y a-t-il des solutions?

C’est la question qui est sortie d’un de mes derniers posts Facebook : c’est bien joli de faire le constat mais quelles solutions peut-on apporter au problème?

Se poser la question est déjà une sacrée avancée.

Je pense que la première solution serait d’admettre cette réalité. Oui, il y a un responsable des tâches sous mon toit. Qui est-ce? Est-ce juste? Sur quels critères se baser pour apprécier le choix de cette personne? Le salaire? Tu rapportes moins donc tu portes tout le reste? Les heures de travail? Tu travailles moins donc tu portes tout le reste?

En discuter, DIRE à l’autre que cette charge est lourde, peut-être trop lourde pour apprécier les moments de joie de la vie quotidienne, est un pas. Si la personne en face de vous vous aime, elle entendra cette difficulté.

La communication doit être HOT. Honnête, Ouverte et A double sens…

La seconde solution est, à mes yeux, de rendre chaque personne vivant dans la communauté que vous avez créée ensemble responsable de sa part de charge mentale. Exactement comme dans une entreprise. Si, en tant que patron, vous deviez vous charger de vérifier absolument toutes les étapes de fabrication de votre produit, sans pouvoir avoir confiance en votre équipe, il y a de fortes chances pour que la boîte implose. Donc chacun son job. Les enfants peuvent être rendus réellement responsables de leur chambre, même s’il faut en passer par une liste à cocher de petites tâches mises bout à bout. On peut décider que chacun s’occupe des courses à tour de rôle, ou du repas ou de la lessive.

Mais attention : encore faut-il être prête à déléguer. Parce que de nombreuses femmes se plaignent de cet état de fait mais quand on leur dit de laisser faire l’autre, elles répondent que “oui mais ce ne sera pas fait comme je veux”. Et là, ça devient votre faute. C’est vous qui décidez de porter ce poids seule.

Ca veut dire aussi que le partage doit être équitable. C’est cette étape qui est la plus ardue. Cela demande une reconnaissance totale de l’autre comme un égal. Tant dans l’esprit de l’homme que de la femme. Ok, votre mari n’a peut-être pas eu une maman qui lui a montré comment faire tourner une machine. Et pourquoi ne pas lui faire confiance? Apprendre aussi à vos fils à être plus tard des partageurs de charge mentale, ça c’est une avancée.

Oui mais les hommes ne veulent pas!

On parle de quels hommes là? Les Cro-Magnons? Il y a des tas d’hommes qui sont parfaitement prêts à entendre ce discours. Déjà parce qu’ils vous aiment et vous souhaitent heureuses. Ensuite parce que les hommes sont dotés d’un cerveau et d’un coeur.

Alors évidemment, PERSONNE n’a ENVIE de vider le lave-vaisselle. C’est un fait. Tout le monde préfère une tâche ou une autre. (Moi j’adore laver la salle de bain, allez savoir pourquoi…)

Une fois toutes les tâches listées, situons qui préfère quoi. Puis observons toutes les tâches restantes. Puis partageons. Jouons les pires aux dés s’il le faut. A la courte paille. Et chacun prend le même nombre de trucs pénibles.

Tu as deux mains. Une pour t’aider toi, la seconde pour aider les autres.

Et ça donnerait quel monde ça?

Ca donnerait un monde où chacun regarderait l’autre avec tendresse. Parce que chacun serait au fait de ce que l’autre a fait pour tous.

Il y aurait toujours une charge mentale, mais elle serait découpée en 2, 3, 4 ou 5. Et bien plus légère pour tous.

Une maman heureuse, admirative de ceux qui l’entourent parce qu’ils sont ses alliés et pas ses exécutants. Un papa conscient des efforts de toute sa petite clique. Des enfants éclairés sur ce qu’est la vie en vrai et prêts à la vivre. Bref, une famille.

Trouve ta tribu. Aime-les fort.

Parce qu’en fait, une famille unie, ce n’est rien d’autre qu’une équipe solide.