Gros scandale partout suite au conflit Angot-Rousseau dans l’émission de Ruquier. La vilaine Angot a fait pleurer la douce Rousseau. Angot est méchante, Angot est aigrie, Angot rabaisse toutes les femmes.

Oui mais rappelez-vous Angot.

Je me rappelle mon premier “contact” avec Christine Angot. J’avais 23 ans. Je regardais avec passion les émissions mordantes de Thierry Ardisson et j’ai vu des gens rire d’un auteur racontant son inceste. Une jeune femme dont on lit l’enfance traumatique avec des rires gênés. Elle rit aussi parce qu’elle est jeune et ignore tout des médias. On ne la comprend pas, on s’amuse, on est mal à l’aise, on évite. Mais une chose en ressortait : l’abomination. Une femme vomit sa vie, écrit, n’est pas faite pour les plateaux et on lit ses phrases avec accusation “J’ai séduit mon père”. Et là où elle répond “Peut-être que vivre l’inceste est une bonne méthode de marketing”, on fait semblant d’ignorer son ironie.

A plusieurs reprises, cette femme a été clouée au pilori sur le plateau d’Ardisson, jusqu’à en quitter le plateau. “Je vais dire ça pour pas qu’ils le disent. Mais ils le disent.”

C’était à vomir.

“Tiens je vais vous lire un passage du livre, je fais du Marketing. Y a une description d’un cunnilingus formidable”
“Son père l’a forcée à manger des Clémentine sur son sexe”. Et les gens rient. Elle demande pourquoi ça fait rire. Et on la trouve coincée.

Une connasse ose lui demander, son grand sourire pepsodent “on ne vous a pas vue rire sur le plateau. Qu’est-ce qui vous fait rire?”

Donc Christine, en matière de morflage public, elle en connaît un rayon. Faites ça aujourd’hui et vous serez LOIN d’être un héros de la télévision…

Et c’est qui Rousseau?

Sandrine Rousseau est une politicienne qui poursuit un politicien pour harcèlement sexuel et qui en fait un livre militant. Un livre avec un propos politique.

Un livre où les violences faites aux femmes débutent aux SMS salaces. Un livre où l’on veut DIRE que ces violences-là ne sont pas mineures et doivent être reconnues.

Un combat de douleurs.

Que Christine Angot refuse les propos polissés et politique de Rousseau, c’est parfaitement concevable. Si l’on devait mesurer les douleurs, comment ne pas saisir la sienne? Comment ne pas saisir son propos dès que l’on cesse d’écouter les larmes de l’autre? Quand on l’entend dire qu’elle se refuse d’être un étendard pour les violences sexuelles, qu’elle refuse d’être résumée à cela, comment ne pas comprendre que ce sont des émotions qui s’affrontent???

D’accord…

Regarder pour de vrai.

Je pense que se contenter des gros titres pour juger Angot est une erreur grave. Voici donc son intervention et ensuite, si vous le souhaitez, nous débattrons.

Le combat de l’une vaut la douleur de l’autre, je n’en disconviendrai jamais. Mais le propos d’Angot en tant que victime mérite autant l’écoute que les paroles de Sandrine Rousseau. Sa réflexion vaut tout autant. Son refus de politiser, de systématiser de telles souffrances est tout aussi légitime que la lutte de Sandrine Rousseau.

Il ne faudrait pas que l’une mérite les insultes tout simplement parce qu’elle ne pleure plus.