Voilà bien des années, j’avais 8-9 ans en fait, j’ai commencé à penser à deux héros. Ils ont grandi dans mon esprit et jamais je n’ai eu le courage de réellement m’atteler à leur histoire. C’est idiot parce que, dès que je mets un pied dans ma voiture et que j’ai l’esprit libre, je pense à eux. Vous pouvez demander à mes plus vieilles copines, elles vous diront que je parle d’eux depuis toute jeune.

Lorsque j’ai lu “Entretien avec un vampire”, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps parce que “on avait eu l’idée avant moi”. Mais au fond, c’était vaguement une idée semblable mais pas “la même” donc allons allons, écrivons! Ce qui m’a toujours arrêtée c’est le “et si c’était nul?”, je me dis qu’il est grand temps de surmonter tout ça. 

Je vais donc vous raconter l’histoire de mes héros, Fauve et Catan, et, bien que j’ai la critique littéraire facile et que je déteste pas mal d’auteurs aujourd’hui, je n’ai pas la prétention de pouvoir en faire autant. Vous êtes prévenus : il s’agit d’une histoire que j’écrirai pour le plaisir (sinon, il y a bien longtemps que j’aurais tenté une édition ^^).

Dernier avertissement : mes auteurs favoris sont Stephen King, Poe et autres auteurs fantastiques un peu gores parfois. Ne vous attendez pas à trouver ici la douceur ou la bienveillance que vous trouvez sur Imparfaites d’ordinaire. 

C’est parti.

 

L’histoire de Fauve et Catan…

Le soleil se lève encore une fois. C’est drôle, cela me surprend toujours. J’aurais cru qu’après toutes ces années, il aurait renoncé. Mais non, il perce encore mes volets et frôle ma peau fanée. J’entends les animaux au dehors et le vent dans les arbres. Les volets grincent. L’odeur de la fin d’été me parvient, agressive et suave, acre et épicée. Il n’a pas plu depuis presque un mois. Les herbes sont rousses et les pierres restent chaudes toute la nuit. Les cigales chantent leur rengaine monotone et lascive. L’air sent la chaleur, presque comme lors de ma jeunesse.

Aucun humain n’est venu me voir depuis plusieurs semaines. C’est apaisant. Je sais que bien des histoires circulent au village sur “la vieille sur la colline”. Les mêmes depuis toujours. La solitude est un choix qui terrifie les êtres : ils éprouvent alors le besoin de justifier cette anomalie par des contes pour enfants. Ma disparition alimentera encore leurs conversations pendant bien des années. Il sera sans doute question de loup, d’ours ou de monstre étrange. Ils ne seront pas si éloignés de la réalité et seront à mille lieues de l’imaginer, comme toujours. Alors ils inventeront des récits pour oublier qu’ils ne savent pas. Pour oublier qu’ils sentent qu’ils ne savent pas, comme lorsque l’on éprouve une crainte sourde et indéfinissable et qu’on cherche à la recouvrir d’un voile épais.

Comme s’ils avaient besoin de monstres pour justifier l’abominable et la peur eux qui, par delà les temps et les lieux, n’ont jamais eu de pire ennemi qu’eux-mêmes.

J’ouvre les volets pour respirer à plein poumons. Un vague fumet de charogne me parvient. Des restes d’un petit animal sans doute tué par un lynx. Ils reviennent par ici depuis quelques années. On pourrait croire à un progrès mais je connais trop bien les hommes pour ignorer qu’après avoir souhaité leur retour, ils trouveront une raison supérieure pour les mener à l’extinction. La destruction est un talent terrestre. Homo homini lupus est. Tu parles. L’homme est un loup pour sa propre planète surtout. Sa méconnaissance et la durée de sa vie, trop courte pour apprendre et trop longue pour ne pas avoir le temps de faire des dégâts, font de lui le prédateur le moins réfléchi et le plus dangereux de l’histoire. Pas étonnant qu’Il l’ait créé comme tel d’ailleurs. Il a dû trouver ça très drôle. Les blagues acérées, c’est sa spécialité.

Je sors, m’allonge au soleil, sur la pierre brûlante. Je me suis couchée si tard. Je redeviens presque nocturne. J’ai besoin du repos solaire. Mes mains vont et viennent sur la pierre, mes ongles griffant un peu le sol chaud. Le son me rassure et m’apaise. Mes yeux se ferment à peine, aux aguets malgré tout, par habitude. Personne ne viendra.

Mais le temps de mon départ approche et je vais avoir mieux à faire que méditer sur l’humanité. Mes cheveux ont commencé à retrouver des couleurs et je vois à nouveau clair. Le voile gris qui s’était posé sur mes pupilles s’en est allé et j’ai croisé mon regard vert aussi clair qu’autrefois dans le miroir. Il me renvoie de moins en moins l’image d’une vieille femme voûtée et je n’ai plus mal au dos. Je peux à nouveau me tenir droite sans effort. Hier, j’ai constaté que les taches sur mes mains ont diminué de façon notable, preuve qu’il s’approche dangereusement. Je réfléchis à la dernière fois où je l’ai vu, j’essaie de mettre une date ou au moins une année. L’Allemagne bien entendu. Quand le monde tremble, nous ne sommes jamais très loin. Je l’ai guetté dans les nouvelles mais le monde va si mal qu’il n’a plus besoin de lui pour prendre feu. Il peut être partout, mais il est plus proche.

Un aller-retour au puits. Je suis moins fatiguée. L’eau fraîche. Je me lave un peu. Ma peau est plus douce sous ma langue. Oui, il est plus proche. Il faut réfléchir, que cette fois soit la dernière.

Cette fois, je compte bien achever l’Histoire. Mais pas ici. Je veux l’attirer là bas : c’est là bas que tout doit se terminer.

Un oiseau se pose, imprudent, sur le rebord de ma fenêtre. D’un geste plus vif qu’hier, je l’attrape. Je l’égorge d’un coup de dents et je le mange.

Oui, définitivement, je me sens mieux. Il est donc l’heure d’en finir.