Je ne m’étendrai pas sur les retombées du bête petit article qui a fait le buzz il y a peu. Entre bravos et insultes (que nous avons modérées, il ne faut pas tomber dans le forum troll), nous avons tout eu. Pour un article sans prétention qui visait essentiellement à rire.

Je vous passe toutes les critiques disant qu’un blog beauté ne devrait pas se permettre de critiquer les modèles alors que nous parlons de vernis. Parce que bien entendu, si tu te fais jolie, tu ne dois forcément pas avoir d’avis. Logique.

Je présente malgré tout mes excuses aux maigres qui se sont senties visées par le terme d’anorexiques.

Je tiens seulement, maintenant, à signaler que si l’article a fait un tel remous, c’est que nous avons tou(te)s un problème avec l’image véhiculée par les médias.

Petit développement en images…

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Je n’ai pas connu cette époque. Par contre, j’étais adolescente dans ces années là:

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Cindy, on l’aimait toutes.

Et tu sais quoi? Aujourd’hui, quand je la regarde, je la trouve “trop ronde”. Celle qui était pour mes 15 ans l’image de la femme idéale, je la trouve presque grosse.

Parce que depuis, j’ai été matraquée par autre chose.

Lorsqu’ELLE est arrivée :

kate moss

Je me rappelle de ses premières apparitions. Tout le monde s’accordait à la trouver trop mince. Nulle part on ne voyait ce corps de jeune fille au sortir de l’adolescence. Car n’oublions pas qu’elle a entamé sa carrière à 14 ans. Un corps que peu de femmes conservent avec l’âge adulte.

Aujourd’hui, je la trouve magnifique. Mais je ne lui ressemblerai jamais : j’ai des hanches, des seins, des bras, des cuisses. Je peux danser sur ma tête, à moins de me faire raboter de partout, je n’aurai jamais plus le corps que j’avais à 12 ans.

Alors non, je ne fustige pas les maigres. Mais il faut arrêter de se mentir : elles ne constituent pas plus la majorité que les nanas obèses, que je ne fustige pas plus, mais qui ne voient pas leur corps érigé en modèle, placardé dans les rues ou étalé dans les magazines.

Non, les vraies rondes ne sont pas dans les magazines. Elles ont eu leur heure de gloire à l’époque de Rubbens où les maigres devaient souffrir de cette image. Sauf que les tableaux de Rubbens ne se retrouvaient pas partout dans les maisons.

Non, les vraies rondes ne sont pas dans les magazines. Pire, on tend de plus en plus à amaigrir l’image de la femme idéale. Parce que les mannequins maigres mettent mieux en valeur les vêtements, me dit-on. Super.

Voici donc aujourd’hui comment on met en valeur les vêtements:

aujourdhui

Alors, pour toutes les maigres “naturelles”, sachez qu’ici, je ne critique pas VOTRE corps. Je déplore le fait qu’il soit devenu LE modèle. Que dans la tête de toutes les jeunes filles que j’ai en classe, faire une taille 32 soit un idéal.

Parce que combien d’entre nous ressembleront à cela naturellement?

Pour celles qui naissent ainsi, c’est parfois un complexe. Et c’est tout aussi triste. Mais pour la majorité de celles qui naissent juste “normales” ou rondes, pour les tailles 38, 40, 44, ou 50, c’est un pari impossible.

Combien de fois ai-je entendu une gamine de 14 ans au moment de la récré dire qu’elle ne mangerait pas parce qu’elle avait grossi? Je ne les compte plus. Elles essaient, envers et contre la nature, de conserver le corps d’adolescente que seules 2 ou 3% d’entre elles pourront garder.

Ma sœur fait 46 kilos et je l’entends souvent se plaindre de ses cuisses… Je fais une taille 38 et je me considère comme “pulpeuse”…

La plupart des mannequins que l’on nous met sous les yeux se nourrissent de coton et de jus d’orange. Alors que naturellement elles sont déjà très minces…

Les blogs “pro-ana” fleurissent par milliers… Une génération entière qui prône ouvertement l’anorexie…

Pro-ana, tu ne connais pas? Il s’agit d’une sorte de mouvement de jeunes filles à partir de 12 ans. Elles tiennent des blogs prônant l’anorexie… Des exemples?

ana1

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Elles édictent des règles…

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Bref, contrairement à ce qu’une lectrice disait sous l’article Zara, non, les parents ne sont pas forcément là pour contrebalancer la pub.

Chaque jour, on ment à ces enfants en leur faisant croire que la beauté est forcément dans la maigreur. Maigreur qu’elles n’atteindront jamais à moins d’y être génétiquement vouées ou de mettre leur santé en péril.

Alors non, ça ne me dérangerait pas de voir des maigres dans les magazines si, à leur côté, il y avait des minces, des rondes et des obèses. Que tout le monde ait droit à son moment de reconnaissance.

Toutes les maigres ne sont pas anorexiques. Mais érigées en icônes, elles entraînent, sans le vouloir (et là, je remercie le sacro-saint marketing qui est bien le responsable), des générations entières à remettre en question leur propre image.

Un lecteur nous a répondu que nous n’y connaissions rien puisque ces enseignes font d’excellents chiffres d’affaire… Ce à quoi j’ai à peine répondu. Quelle inconscience! Parce que le chiffre d’affaire tourne, il faudrait dire amen?

Une autre nous dit que “ça va y a bien la pub Dove”. Formidable : il y a donc tant de pubs avec des femmes normales que tout le monde peut encore citer la marque des années après sa sortie…

Non, la femme normale, mesdames et messieurs, c’est elle :

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Et je voudrais bien que ce soit cette femme-là qui soit dans les catalogues.

Même si “le vêtement tombe moins bien”.

Bien entendu, cet article ne fera pas de buzz. Et franchement, c’est bien dommage.

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