Bon allez, j’avoue d’emblée, le titre est essentiellement accrocheur. Mais on va vraiment parler de vos enfants. Donc je suis pardonnée. (Je m’auto-pardonne)

Parmi ma looooooongue expérience des ados, s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que quand ils arrivent à 15 ans, c’est foutu et c’est trop tard. (Enfin, disons que c’est rattrapable hein, mais ça mettra dix ans…)

Je vois arriver des jeunes dans le monde du travail (mes stagiaires, des débutantes, des postulants qui cherchent du boulot et je vous en passe) et s’il y a UNE chose qui leur pose problème, c’est la brutalité du quotidien.

Parce qu’avant, voyez-vous, ils vivaient dans de la ouate.

Tout à coup, les voici contraints à une vie en commun avec des contraintes. Ca vous tombe des nues de devoir arriver à l’heure (j’ai eu autrefois un stagiaire qui me répétait que ce n’était pas sa faute, c’était la faute du bus, persuadé que c’était une bonne raison pour rater la moitié de son propre cours en tant que prof… vous pouviez lui dire que ce serait un coup à se faire virer chez un patron plus tard, il continuait à trouver ça scandaleux). C’est étonné de ne pas gagner 2000€ nets pour passer sa journée sur Facebook. Ca ne comprend pas qu’on demande une certaine forme de politesse, de tenue, d’organisation. Ca n’est pas prêt au moindre compromis ou aux efforts pour y arriver.

Attention hein, je ne fais pas une généralité. Je fais un constat d’échec d’une certaine forme d’éducation.

Et vous savez d’où ça démarre?

De tout petit.

Si, tout petit, on n’avait pas convaincu ce fameux stagiaire que c’était le monde qui devait se plier à lui, il n’en serait pas arrivé à se planter plusieurs années d’affilée. Si tout petit on lui avait appris qu’il est normal de travailler pour être récompensé, il n’aurait pas ramé à ce point à l’âge adulte.

Un enfant, ce n’est pas en sucre. Ca peut vider un lave-vaisselle depuis tout petit sans qu’on ait à lui demander douze fois. Et ça ne mérite pas 43 mercis : lui apprendre que c’est NORMAL de participer à une vie en commun, c’est juste une base.

Un enfant, ça peut mettre la table sans recevoir des bravos. (Ou il vous fait une gigue en retour chaque fois que vous lui lavez son linge alors).

Tu ne veux pas VRAIMENT qu’il devienne comme ça?

Un enfant, ça peut apprendre qu’une fin de mois, c’est parfois difficile. Ca peut aussi payer avec ses petits sous ce qu’il veut en plus aux courses (tu veux un magazine en plus, participe et mets la moitié).

Un enfant, c’est apte à passer l’aspirateur, ça peut aider à sortir les courses de la voiture, à débarrasser la table, à ranger ses propres affaires. Et tout ça commence tout petit.

Un enfant, ça doit rendre service, parce que c’est normal, dans la vie, de rendre service.

Si Justin le peut, n’importe quel gosse le peut.

Lola trouve normal de mettre la table. Parce qu’elle mettait la table ou vidait le lave-vaisselle depuis toute petite. Alors oui, ça prenait trois plombes et tu te retrouves avec un verre cassé et deux fourchettes en trop quand ton enfant de 4 ans met la table. Oui, ça VOUS prend de l’énergie de lui expliquer comment faire et POURQUOI il doit le faire.

Mais c’est pour toute sa vie.

Dès son plus jeune âge, on peut apprendre à un enfant à travailler pour gagner son argent de poche. Parce que dans la vie, ce sera comme ça. Personne ne lui donnera une paye pour rien. Lui montrer qu’une heure de travail, c’est long, lui apprendre que plus tard, il en fera probablement 40, c’est le préparer à la réalité ou, en tout cas, la lui rendre moins brutale.

On peut aussi lui EXPLIQUER pourquoi on lui apprend tout cela. Un enfant ne vous aimera pas moins parce que vous l’aidez à grandir. Que du contraire. Vous lui apprenez qu’il est aussi apte que vous à réaliser des choses d’adulte, à participer à la vie ensemble.

Vous lui donnez des outils pour demain.

Le laisser dormir sur ses lauriers, ne jamais lui demander de faire quoique ce soit, c’est une forme d’abandon. Vous le laissez seul face à l’avenir. Seul face à ceux qui le sortiront du cocon dans lequel vous l’avez emballé jusqu’ici.

Alors bousculez vos enfants. Parce que vous les aimez…

PS pour une lectrice : une prochaine fois, on abordera aussi les maîtres de stage qui, au contraire, veulent te flanquer une réalité peau de vache dans la tronche même si on t’avait bien élevé…