J’ai fait le constat que j’étais entrée dans la catégorie que, jeune, je qualifiais de « vieux ». 

Quand j’avais 15 ans, j’estimais très fort que les gens qui sortaient avec un parapluie étaient vieux. Aujourd’hui, je me rends compte que je dis quinze fois par jour « mets ton gilet », « prends un pull », « n’oublie pas ton écharpe », ou « as-tu pensé à mettre un sous-pull ? »

C’est simple, quand je m’écoute, j’entends ma mère et ma grand-mère !

Alors faisons ensemble la liste des preuves que je suis définitivement entrée dans la catégorie « plus tout jeune quand même ».  (Si vous vous y retrouvez, désolée)

En premier donc, cette obsession que j’ai à vouloir m’assurer que les autres auront chaud. Parce que moi, maintenant, j’ai toujours froid. Soyons positif, c’est le signe que je ne suis pas encore ménopausée mais, en revanche, ce n’est plus possible pour moi d’aller faire un tour sans parka, écharpe, gants, parapluies et mouchoirs. 

D’ailleurs en parlant de mouchoirs, le fait que je me promène avec de quoi subvenir aux besoins d’une famille entière est aussi une preuve de mon grand âge. Avant, je sortais avec mes sous dans mon soutif et même pas de téléphone puisqu’il n’y en avait pas. Aujourd’hui, attention, je ne sors plus sans un sac dans lequel on trouve les mouchoirs pour tout potentiel nez qui coule, un gel antibactérien parce que le monde est dangereux, mon téléphone évidemment, mon agenda papier au cas où je devrais noter un truc important, un chargeur de secours pour mon téléphone, sait-on jamais que j’aurais un pépin, un porte cartes au cas où je devrais appeler quelqu’un qui ne serait pas dans mon téléphone, ou au cas où j’aurais perdu mon téléphone, un mini-parapluie, une petite bouteille pour les soifs potentielles, les 53 rouges à lèvres de la semaine, un spray nasal parce que c’est embêtant d’avoir le nez bouché, une crème pour les mains pour affronter l’hiver, des gants de secours au cas où je perdrais les miens, un baume à lèvres au cas où j’aurais les lèvres sèches, le boitier de la banque au cas où je devrais faire un virement urgent, un flacon de parfum pour les retouches, et de déo évidemment, douze stylos, un carnet de notes, une pince à épiler et une trousse de médicaments. 

Ah oui tiens, parlons des médicaments. Avec l’âge, tout se détraque et je finis par comprendre mes aïeux. Prévoir le mal de dos, de genoux, de hanches, la migraine, la fatigue, le stress, et j’en passe. A croire qu’on devient de vieilles bagnoles qui auraient bien besoin de nouvelles pièces de rechange ! 

Alors, comme mamy, je me mets à l’aromathérapie, à la gemmothérapie, je connais les noms de tous les médicaments et de toutes les huiles essentielles de l’univers. Je prends religieusement mes vitamines tous les matins. Et piiiiiiiiire : je fais du stock !

J’ai une armoire à pharmacie pleine de solutions potentielles à tous les maux du monde, même des trucs que j’ai jamais eus. J’ai une solution contre les aphtes. Au cas où. 

ET LE STOCK, on en parle ? Jeune, c’est facile, tu ouvrais mon frigo et il était vide. J’avais de quoi boire un verre si on me prévenais six mois à l’avance. Aujourd’hui, comme ma mère, je fais du stock en fonction des promos. Tellement de stock que j’arrive à avoir des sauces encore non ouvertes qui sont périmées de trois ans. Je stocke du PQ pour une colonie, du bois de chauffage pour survivre à une attaque de zombie et du sucre en cas de guerre mondiale !

Et les soirées ? Il y a encore 10 petites années, j’étais la première à être partante pour sortir boire un verre jusqu’au bout de la nuit. Aujourd’hui, c’est simple : à 23h y a plus personne. Mais plus personne hein. Enfin si, je peux tirer jusque minuit mais alors le lendemain, au boulot, je me traîne comme si j’endurais une cuite de 12gr. Je peux POTENTIELLEMENT prévoir une vraie sortie, avec retour au petit matin, mais je le paie pendant au moins 10 jours. Alors du coup, je me suis mise au théâtre, parce que c’est super le théâtre : à 23h c’est fini. 

De toute façon, je ne vois pas trop où je pourrais bien sortir : je ne connais plus la moitié des gens qui passent à la radio et tous ceux que j’écoute sont morts ou en train de mourir. La plupart des concerts où je vais proposent des places assises. Je n’imagine d’ailleurs plus en écouter un debout. Faut pas déconner, j’ai mal au dos.

Encore plus effrayant : je me dis que quand les derniers vivants que j’aime seront partis, il n’y aura plus rien d’écoutable. 

Je n’ai même plus l’âge de parler des bébés. D’ailleurs c’est à peine si je me rappelle comment on s’en sert. Je n’ai plus vu de couches depuis facile 10 ans et l’idée de garder un bébé me stresse à nouveau comme à 20 ans. Je ne donne plus de conseils aux gens qui viennent d’avoir des bébés : en général ma conclusion c’est « boh… je ne me rappelle plus ». 

Par contre, attention, on peut me consulter pour parler d’arthrose. 

Quand j’allume la télé, je dis tout le temps que les présentateurs d’avant me manquent. Je veux qu’on me rende Jean-Pierre Foucault, Alain Gillot Pétré, Marie-Ange Nardi, Christine Bravo et Christine Ockrent en quotidienne. 

Par contre, je trouve que Ruquier, il était mieux « avant ». 

Je commence plein de phrases par « quand j’étais jeune » et maintenant, ça remonte vraiment à plus de 20 ans. D’ailleurs faisons simple, quand j’étais jeune, c’était un autre millénaire. Si ça c’est pas une preuve. 

Je crois que la plus grande preuve que je suis devenue une vieille, c’est que j’appelle tout ce qui a moins de 29 ans « les jeunes » et qu’en effet, je les trouve jeunes et attendrissants d’innocence. C’est pas VRAIMENT que je les juge : c’est juste qu’en effet, on ne deviendra plus les meilleurs amis du monde. Rapport à leur énergie débordante qui a le don d’épuiser la mienne. 

En plus, quand j’y songe, les enfants des stars que j’aimais à 20 ans sont tous devenus adultes et, pour la plupart, célèbres. Ils sont même en âge d’avoir des enfants. Et truc de fou, les acteurs que j’adorais jouent maintenant les papas de jeunes adultes ou même les papis et les mamis ! (quand ils ne sont pas morts ou en train de mourir… Luke, je pense à toi)

Sur Facebook, mes amis ne postent plus des photos de bébés. Certains postent même la première voiture ou le bac d’humains que j’ai déjà bercés. Dans les soirées entre amis, ils sont à table et participent à la conversation. 

Ah et en parlant d’amis, c’est simple, si j’ai fêté tous les mariages il y a 15-20 ans, maintenant, c’est l’heure des divorces. J’en suis à peu près au rythme d’une annonce mensuelle. C’est facile : quand une copine de longue date m’appelle alors que c’est pas prévu, je décroche en lui rappelant qu’elle va s’en remettre. 

J’ai fini par trouver que rien ne valait une bonne sieste dans le canapé ou mieux, carrément au lit, je me dis constamment que je préfère mille fois un bon resto qu’une beuverie, surtout si c’est une beuverie debout, je déteste avoir froid et je déteste avoir chaud. Je ne m’étonnerais pas si je finissais comme ma grand-mère à demander à ce qu’on ferme les fenêtres pour m’éviter un courant d’air  qui entraînerait un torticolis et déjà j’ai des conversations avec mon collègue de mon âge sur les bienfaits des oreillers à mémoire de forme et des matelas adaptés à la morphologie. 

Je pense que je vais rapidement me mettre au tricot et porter des lunettes de vue attachées autour d’une corde, voire cuisiner en tablier, faire des tartes pour les anniversaires en regardant les feux de l’amour ou une émission de Stephane Bern. 

J’espère que vous viendrez me rendre visite : on boira du thé en mangeant des petits biscuits tout durs que je garderai dans une petite boîte en fer.