Attaquons-nous pour une fois ne vous en déplaise à un sujet qui fâche : l’avortement.

L’Espagne adopte une position de recul face à l’IVG et propose qu’elle ne soit plus autorisée qu’en cas de viol ATTESTE ou en cas de mise en danger physique ou psychique de la mère.

Une manifestation à Paris s’est déroulée récemment pour protester contre un amendement à la loi Veil. Histoire de ne pas vous pousser à une recherche fastidieuse, je vous résume la proposition d’amendement : la femme pourrait demander une IVG si “elle ne veut pas poursuivre une grossesse” (et non plus “si son état la place dans une situation de détresse”).

Les manifestants évoquent une banalisation de l’acte.

Moi, je pose une bête question. C’est quoi “une situation de détresse”?

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Penser qu’une femme puisse désirer un avortement pour le fun, pour le plaisir ou pour une raison futile me parait étrange. Une femme portant une vie et s’interrogeant sur les départs qu’elle donne à cette vie n’est-elle pas toujours en situation de détresse?

QUI pourrait aborder une telle réflexion sans détresse, je vous le demande?

Une femme mariée par exemple, ayant déjà plusieurs enfants, sachant les difficultés auxquels ils seront confrontés dans l’avenir et jugeant sa situation ingérable avec un enfant de plus est-elle ou non en état de détresse?

Une jeune fille, même “sérieusement en couple” sur facebook ou ailleurs, tombant enceinte par erreur, n’est-elle pas en situation de détresse dès lors que son avenir entier est remis en question?

On peut arguer l’imprudence de l’une et de l’autre, certes. Et? Doit-on pour autant payer et faire payer à l’enfant à venir une “erreur de jugement”?

Une femme qui envisage une grossesse sans joie, réfléchissant à la possibilité d’y mettre un terme, est TOUJOURS EN ÉTAT DE DÉTRESSE.

Il est bien joli de proposer la solution de l’adoption. Elle marquera, on le sait tous, à tout jamais ET la mère ET l’enfant.

On me citera ces milliers d’enfants heureux d’avoir été adoptés. Formidable. Et les autres?

Lorsque Le Pen affirme que “les femmes doivent assumer leur rôle de reproduction”, j’en viens à tomber de ma chaise. Sont-elles donc les seules à devoir assumer ce rôle? Que deviennent-elles? Des génitrices? Vive le retour au patriarcat de base.

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Devra-t-on donc en revenir à l’époque où les femmes s’exilaient pour subir cet acte déjà si douloureux moralement? Ou pourquoi pas à la bonne vieille époque de l’aiguille à tricoter?

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Je ne parle même pas ici de “Mon corps m’appartient”. Je parle ici aussi de l’enfant et avant tout de lui.

L’acte d’avortement ne sera jamais banal. Il découle forcément d’un état de détresse. Si la femme doit “assumer sa fonction de reproduction”, parlons alors d’assumer son rôle de mère. Une mère veut le bien de son enfant. A tout prix. Même au prix de lui épargner une vie difficile.

Je me permets de vous renvoyer au tumblr “We are the 1 in 3” où des tas de femmes affirment avoir subi un avortement (“1 femme sur trois subira un avortement, nous sommes les 1 sur 3”) et racontent leur histoire. Elles réclament le droit à n’éprouver ni culpabilité ni honte. Et des débats tels que ceux engendrés récemment ne font que pousser dans le sens contraire.

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Ce texte n’est pas pro-avortement. Il est pro-choix. Toute femme devrait avoir le droit de décider ce qu’elle est capable de vivre ou pas.

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Sur ce, je vous laisse : je vais m’occuper (bien) de l’enfant que j’ai choisi d’avoir. Parce que je pouvais tout lui donner de moi.

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