Suggestion de Marine 😉 Nous allons donc parler d’héroïnes fictives!

Quand je me lance dans la longue liste de mes héroïnes, c’est vrai que, souvent, je pense à des nanas en chair et en os, et elles s’appellent souvent Simone. Mais il est vrai qu’il existe des héroïnes de papier qui traversent nos vies et les marquent à jamais. Je n’ai pas choisi de vous parler de mes héroïnes actuelles mais de toutes celles qui, depuis mon enfance, sont restées gravées pour toujours. Certaines vous paraîtront donc très enfantines, mais c’est pas grave : elles sont dans mon petit coeur quand même.

Scarlett

Eeeeeeh oui… je suis une Scarlettienne. Depuis que je suis gosse, cette petite fille pourrie gâtée qui affronte sans baisser les bras les difficultés de la vie, je l’aime passionnément. Pas tant pour son histoire d’amour que pour ses mains qu’elle abime en travaillant finalement dans ses propres champs après avoir été si riche.

Scarlett, c’est LA femme libérée des romans à l’eau de rose. Une qui en a. Et je l’aime pour ça.

“Je jure devant Dieu que je ne me laisserai pas abattre”

Joséphine March

Ca vous étonne? Des 4 filles du Docteur March, Jo a toujours été ma préférée. Elle aime écrire plus que tout dans un monde où les femmes sont tenues à des tâches moins”masculines”. Elle aime ses cheveux et dit souvent qu’elle n’est pas jolie, mais elle choisit de les vendre quand ça devient nécessaire.

Cette vilaine Marquise de Merteuil

Les Liaisons Dangereuses (à ne pas confondre avec Les Liaisons Fatales, merci) est un de mes romans et films “best of the best”.

On aurait pu croire que mon petit coeur de dinde aurait battu pour Madame de Tourvel mais nein, mes petites cocottes.

Madame de Merteuil vit au XVIIIème, célibataire dans un monde d’hommes et d’apparences où il faut savoir se battre pour rester debout. Le roman épistolaire dépeint sa chute avec une énorme morale et, bien qu’on la déteste, qu’on fonde toutes d’amour pour le Vicomte de Valmont et sa toute nouvelle souffrance, il faut reconnaître que c’est un personnage d’une force surprenante. Elle aime le sexe et ne s’en cache pas (au XVIIIème, je l’ai déjà dit?), elle refuse de se remarier alors que c’est le seul statut tolérable et elle se bat. Méchamment, mais elle se bat.

Le discours fabuleux où elle explique ce qui l’a fait devenir ce qu’elle est devenue est TERRIBLE.

“Je n’avais pas d’autre choix. Je suis une femme. Les femmes sont forcées de plaire aux hommes. Quand je suis entrée dans la société, j’avais 16 ans. Je savais déjà que le rôle qu’on m’imposait était d’être calme et de faire ce qu’on me disait. J’ai pris cela comme une opportunité pour écouter et apprendre… pas écouter ce que l’on me disait, ce qui n’avait aucun intérêt, mais de deviner ce que l’on tentait de cacher… J’ai pratiqué le détachement. J’ai appris à avoir l’air charmant quand sous la table, je m’enfonçais ma fourchette dans la main… je ne cherchais pas le plaisir mais la connaissance… j’ai appris un seul principe : gagner ou mourir…”

Alors certes, elle est barrée et mauvaise. Mais une femme en ces temps n’avait guère d’autre choix.

Antigone (celle d’Anouilh)

Je ne l’ai jamais oubliée tiens, Antigone. Pour rappel, elle est le personnage central d’une pièce de théâtre dans laquelle elle veut que son oncle, le roi Créon, accepte de la laisser enterrer son frère. Elle-même se retrouve alors condamnée à mort puisqu’elle contrevient aux ordres…

C’est une héroïne entière qui ne connaît pas la demi-mesure. Elle aime Hémon, entièrement et sans compromis, elle aime la vie de la même façon. Elle est même prête à en mourir.

Quelques citations jamais oubliées :

Oui, j’aime Hémon. J’aime un Hémon dur et jeune; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi.Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit pas pâlir quand je pâlis, s’il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s’il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu’il sache pourquoi, s’il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s’il doit apprendre à dire « oui », lui aussi, alors je n’aime plus Hémon !

Vous me dégoutez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite ou mourir!

J’aurai beau tricher et fermer les yeux de toutes mes forces… Il y aura toujours un chien perdu quelque part qui m’empêchera d’être heureuse.

Antigone : Et vous l’avez fait tout de même et maintenant vous allez me faire tuer sans le vouloir. Oui, c’est cela être roi!

Créon : Oui, c’est cela !

Antigone : Pauvre Créon. Avec mes ongles cassé, et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

Et surtout, SURTOUT, cette phrase qui me traverse souvent :

C’est plein de disputes un bonheur.

Hermione

Comment ne pas la citer? Cette petite gamine forte, ambitieuse, courageuse, intelligente et intrépide…

Je l’ai rencontrée adulte et elle a parlé à l’enfant en moi. Mieux que cela, la jeune femme qui l’a interprétée a réussi le pari fou de l’égaler dans la réalité…

 

Emilienne, de la Plage d’Ostende

J’ai lu ce roman une dizaine de fois. Il m’a toujours fallu des heures pour me remettre de la dernière page.

Emilienne aime Léopold. “C’était le soleil sur l’eau, un diamant dans la lumière, la beauté elle-même qui me regardait sans me voir. Je lus ma vie sur son visage. Il avait les yeux gris comme un lac l’hiver, quand tout est glacé, les cheveux noirs et frisés, et ce teint pâle, cette blancheur laiteuse qui n’appartiennent qu’aux héros choisis par le destin.” 

“Dès que je le vis, je sus que Léopold Wiesbeck m’appartiendrait. J’avais onze ans, il en avait vingt-cinq. Ma mère dit :

– Voici ma fille Emilienne.

Il me fit un sourire distrait. Je pense qu’il n’avait aperçu qu’une brume indistincte, car ma mère captait le regard. Elle avait une belle voix ronde, aimait à parler et, comme il lui venait peu d’idées, elle se répétait :

– C’est ma fille.

– Certainement, dit Léopold.

Ainsi, la première chose qu’il sut à mon sujet fut que j’étais, certainement, la fille de la belle Anita.

Moi, j’étais foudroyée.

Elle a onze ans quand elle sait qu’elle lui dédiera sa vie. « Il fallait être aimée par un homme qui ne me verrait pas avant des années et pour cela empêcher qu’il fût aveuglé par d’autres femmes. »

C’est curieux de se dire qu’une éternelle amoureuse fait partie de mes héroïnes mais cet amour qu’elle ressent la pousse à se rebeller contre toute une société (je crois que c’est ça, mon point commun entre toutes). Elle fera pour cette cause tant de choses et posera tant de choix peu communs que je l’aime autant qu’elle aime Léopold…

L’écriture de Jacqueline Harpman y est forcément pour beaucoup…

– Regarde, me dit ma grand-mère.
Elle retira les boucles d’oreilles en diamants qu’elle ne quittait jamais et me les mit.
– C’est ainsi que j’ai donné le collier de ma mère à ta mère. Les bijoux doivent passer d’une femme à l’autre. Il faut qu’on les porte. Les goyim les mettent dans des coffres-forts et ils portent l’imitation : ça ôte l’âme aux pierres. Un jour tu retireras une bague de ton doigt et tu la passeras au doigt de ta fille, toute chaude encore de toi. On ne donne pas un objet : on se donne. 

Au fond, je ne sais pas si c’est Emilienne ou Jacqueline, mon héroïne.

Cela dit, cela fait 25 ans que je cherche un tableau qui représenterait exactement la Plage d’Ostende peinte par Léopold à un instant T du roman… Ca vous situe l’ampleur de mon affection pour le livre…

J’imagine que bien d’autres héroïnes me viendront encore à l’esprit prochainement…

On risque donc d’en reparler.

Merci Marine pour l’idée! Elle était excellente!