J’ai décidé de remettre à l’honneur quelques “Femmes Inoubliables” qui me semblaient un peu trop oubliées.

Je ne sais pas qui parmi vous a eu l’occasion d’écouter ma dernière chronique sur La Première, où j’expliquais que dire “je suis féministe” était devenu un peu honteux aujourd’hui, qu’on en était venues à dire “je ne suis pas féministe mais…” et que je le regrettais. Parce que loin des féministes agressives qui réclament parfois des mises à mort publiques et autres grèves de la reproduction, il y a aussi des femmes méritantes qui ont couru de vrais risques pour nous obtenir des droits qui nous paraissent parfois acquis aujourd’hui.

Alors je voulais ramener ces femmes à leur place : sur le devant de la scène. Il y aura donc une série “Femmes Inoubliables” dorénavant sur Imparfaites.

Alice Paul, toute une histoire

Alice est diplômée de l’université de Pennsylvanie. Très vite, elle rejoint la National American Woman Suffrage Association dont elle devient la présidente. Il s’agissait d’obtenir le droit de vote pour les femmes.

Monsieur le président, combien de temps les femmes devront-elles attendre leur liberté?

Choisissant la désobéissance civile non-violente, elle organisa des manifestations devant la Maison Blanche. Les participantes furent surnommées les “sentinelles silencieuses”.

La prison…

C’est lors d’une de ces manifestations qu’Alice fut arrêtée et incarcérée.

Dans la prison d’Occoquan Workhouse, elle débuta une grève de la faim et fut déclarée mentalement malade. Transférée dans la section psychiatrique, elle fut gavée par tube d’alimentation dans lequel on transférait des oeufs crus.

Demander la liberté pour les femmes n’est pas un crime. Les prisonnières suffragettes ne devraient pas être traitées comme des criminelles.

Quand son sort en prison commença à être médiatisé, les manifestations reprirent de plus belle.

Une avancée lente…

Le droit de vote des femmes fut validé par le XIXème amendement de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique en 1919 par la majorité… d’un seul état.

Mais le droit de vote n’était pas le combat final de sa vie. Elle était l’auteur(e) d’un amendement pour l’égalité des droits rédigé en 1923.

L’ironie? Cet amendement n’est passé au Sénat qu’en 1972 et n’a pas été ratifié (il manquait 3 états). A ce jour, l’ERA (The equal rights amendement) n’est toujours qu’un projet. On peut aisément imaginer que ce n’est pas avec Donald Trump au pouvoir que la situation évoluera positivement.

Il est inconcevable pour moi qu’une femme considère que le combat pour l’entière égalité est gagné. Il a juste commencé. Il n’y a pratiquement pas de domaine, économique ou politique, dans lequel la politique naturelle et habituelle n’ignore pas les femmes. A moins que les femmes ne soient préparées à se battre politiquement, elles doivent se contenter d’être ignorées politiquement.

Etre féministe

Etre féministe, c’est se rappeler que la vie à laquelle nous avons droit aujourd’hui est due à des femmes comme Alice, qui a supporté d’être gavée pour avoir le droit de vote. Ne pas aller voter, c’est cracher sur sa tombe.

Se dire non-féministe, c’est oublier des femmes comme elle.

Alors oui, je suis féministe.