Mais de quoi qu’elle cause? T’as pas lu l’article 1? Spagraf : il est là. 

Voici donc la suite de cette petite nouvelle.

Mes origines précises remontent si loin qu’aucun livre d’Histoire ne les a évoquées avec justesse. A l’époque, les dieux n’avaient pas encore totalement déserté la Terre bien qu’ils n’y vécussent plus que cachés, mais les Anciens se racontaient toujours des récits les évoquant vivant parmi eux. Le Monde était une de leurs créations parmi tant d’autres, jouet passager dont ils se désintéressaient déjà. Les hommes se croyaient presque seuls héros de cette petite planète devenue ridicule aux yeux de ses Créateurs. Ils créaient les premières villes et n’avaient plus besoin de dieux pour attiser la haine déjà si ancrée en eux. Les guerres et les conflits étaient partout.

Un de ces hommes avait pris le pouvoir sur toute la région où j’allais naître. Il s’appelait Khazan mais le peuple l’appelait le Grand Tout. Il était déjà vieux lorsqu’il décida de prendre pour épouses les deux filles de deux chefs de clan des tribus qui étaient sous sa coupe. Larsha et Soushkian étaient belles, jeunes et fortes. Elles respiraient la vie et tout le monde les aimait.

Le père de Larsha s’opposant au mariage imposé fut mis à mort sur la place publique un jour où le soleil était haut dans le ciel, sous les hurlements désespérés de sa fille. L’exécution fut suivie des noces.

Khazan exigea dès la première nuit de consommer le mariage, espérant une progéniture digne de lui succéder, mais rien ne vint. Les mois passèrent sans qu’une naissance ne vint lui assurer une descendance. Larsha et Soushkian vivaient en recluses dans le palais, toute visite ou sortie leur étaient défendues. Elles ne trouvaient de réconfort que dans la présence placide de leurs chats.

Un soir où Khazan venait à nouveau honorer leur couche, l’un d’entre eux, le plus fier et le plus agressif, le griffa pour avoir voulu le repousser. Fou de colère et de frustration, Khazan lui tordit le cou avant de rentrer dans ses appartements. Le lendemain, il ordonnait que tous les chats de son empire soient égorgés.

Les fidèles compagnons, protecteurs des récoltes, des champs et des greniers, furent tous éliminés. On entendait leurs feulements partout dans les rues, les maisons et les places publiques, partout les pleurs des enfants, les cris des femmes… A la fin de la journée, le carnage était achevé et pas un seul animal n’avait survécu.

Khazan avait observé la scène du haut de sa forteresse, dans une chaleur de plomb. Son caprice apaisé, il était retourné s’allonger dans son domaine, satisfait.

La nuit tombée, cependant, dans le fin fond du désert, un vieux dieu boiteux sortit en silence de la cachette où il demeurait depuis des années. Les hommes ne l’intéressaient plus depuis fort longtemps. Jusqu’à cette journée précise. Les chats, voyez-vous, étaient sa création favorite. Traversant les dunes de sable dans ses loques lamentables, il planifiait sa vengeance, un sourire pointant sur sa bouche édentée.

Personne ne le vit pénétrer dans le palais, se diriger droit vers les chambres des épouses et y entrer. Larsha et Soushkian ne virent en lui que leur terrible époux et à leurs yeux, ce fut Khazan qui les prit de force, une fois de plus. Le vieux dieu, à la différence de Khazan, n’était pas stérile, lui, et, deux mois plus tard, il fut évident elles étaient toutes deux enceintes.

Khazan fit organiser une fête immense qui dura trois jours et trois nuits. Chose rare, il offrit même du vin à tout son peuple, d’ordinaire opprimé.

Les grossesses ne durèrent que 4 mois. Aucun guérisseur n’avait jamais vu cela mais il était évident que le terme était proche.

C’est la nuit que le travail se déclencha chez les deux mères. Les sages-femmes se précipitèrent au chevet des parturientes hurlantes. Lorsque la plus jeune arriva, tardive, sur les lieux, elle trouva deux des plus anciennes vomissant dans l’entrée. Elle s’avança prudemment dans la chambre et découvrit l’horreur du tableau. Les deux mères se tortillaient sur leurs lits. Leurs ventres gondolaient étrangement, de petites mains bien visibles en frottant l’intérieur. Les guérisseuses disaient des prières effrayées, mélopées terrorisées devant l’inconnu.

Elle s’évanouit quand les griffes et les dents des bébés déchirèrent les ventres, tuant les mères qui se vidèrent de leur sang.

Catan et moi venions de venir au monde. Aucune personne présente ne put oublier ma naissance.

Je suis Fauve. J’ai tué ma mère.