Je rebondis (oui, je rebondis souvent, ça doit venir de mes fesses) sur une réflexion d’une lectrice sur la franchise nécessaire en amitié.

Moi je vous dis de suite : je suis pour le silence. Mais je vais m’expliquer…

Récemment, une amie proche m’a balancé trois quatre vérités criantes sans gants ni moufles. C’est une habitude chez elle : quand elle trouve que mon jeans ne me va pas, elle me dit un franc “Putain Chrys, t’as un cul comme une manne dans ce pantalon” ou quand je lui présente un amoureux “Putain Chrys, il a vraiment une sale gueule, je te voyais pas du tout avec un mec comme ça” et puis plus récemment “Putain Chrys, sérieux, ton blog, c’est quand même de la merde dis donc dis donc…”.

Je prône la franchise. Je suis tout à fait prête à entendre que mon pantalon ne ma va pas (c’est certain que ça me va moins qu’un truc qui planque les misères), que mon mec est moche (c’est certain que celui-là, je ne l’avais pas pris pour son physique), que mon blog se laisse aller à l’approche des vacances (je suis crevée, que veux-tu que je te dise? Je ne vais pas arrêter ma passion juste parce que j’ai besoin de vacances hein). Sincèrement, je suis prête à entendre un peu tout ce que tu veux.

Mais je me demandais où était la limite entre la franchise et la méchanceté.

Quand faut-il être diplomate? A quel moment en amitié doit-on dire ou taire les choses?

Pour ma part, JAMAIS je n’irais dire la moindre de ces phrases. Je pense évidemment plein de trucs, mais tant qu’on ne me demande pas mon avis, je n’irai jamais dire à une copine qui a déjà acheté un pantalon qu’elle est moche quand elle le porte. Parce que je pars du principe que, si elle l’a acheté, c’est qu’elle l’aime, elle. Lui dire pour quelle raison? Pour qu’elle ne le porte plus? Pour qu’elle soit mal à l’aise toute la journée? Non je ne vois pas l’intérêt. Si elle me pose la question, prouvant ainsi qu’elle a un doute, je lui donnerai mon avis gentiment.

Et encore, là, on ne parle que d’un pantalon.

Le mec? Alors là non vraiment je ne comprends pas. Pour quelle étrange raison vas-tu dire à une copine qui forcément aime ce garçon si elle le fréquente qu’il est trop ceci ou pas assez cela? Quel est l’intérêt, franchement? Le plaisir de blesser? J’ai pensé des tas de fois des trucs semblables et je me suis trompée tant de fois. Je ne vois pas ce que je gagnerais à donner de tels avis…

Le blog? Ah alors là, je ne comprends pas plus. Quand un copain se met au chant, pour quelle raison irais-je lui dire qu’il fait de la merde hein? Pour son bien? Pour qu’il arrête de s’humilier peut-être? Et s’il est très heureux, lui, de s’humilier hein? Si ce que je pense être mauvais et nul plait à d’autres, tant qu’il ne me contraint pas à l’écouter chanter, qui suis-je pour lui dire que c’est de la merde? Et puis tant qu’à faire, si vraiment il FAUT dire quelque chose, on peut tenter de le dire avec un peu de douceur non?

Un peu facile…

Je pense que souvent, la liberté d’opinion et la franchise ont bon dos. On les sort à toutes les sauces pour se permettre tout simplement d’être méchants gratuitement, se libérer d’une pensée prétendument honnête et refourguer ce tout petit poids en le multipliant par mille dans le cœur de l’autre. On se croit un peu trop dans The Voice à penser que le monde entier a besoin de notre avis argumenté pour survivre et on prend un malin plaisir à décourager des gens qui, même en faisant de la merde, essaient au moins de faire quelque chose. On lâche son propos, on se trouve formidable d’honnêteté et en fait, on hante ensuite pendant des jours l’esprit de celui ou celle que l’on dit aimer avec cette petite phrase verte douloureuse.

Je ne vous donne pas mon avis sur votre vie, vos hobbies, vos boulots, vos mecs ou vos passions parce que je pense que, quoique vous viviez, ce sont vos choix et le peu que vous faites mérite d’être salué. Les choses que vous faites avec passion méritent de perdurer, si même je ne partage pas vos goûts, si même demain, vous vous mettez au curling et qu’en plus vous jouez mal, je fermerai ma gueule parce que je vous aime et que je veux vous savoir heureux et pas blessés par mon avis si éclairé soit-il. Si quelque chose vous rend heureux, je trouve ça formidable, même si cela ne m’apporte rien ou que je ne comprends pas.

C’est en faisant des choses, en fréquentant des gens qu’on avance. Pas en se fermant sous la frustration et la peur d’être critiqué et c’est exactement ce que cette “franchise” entraîne. Si la franchise est parfois nécessaire quand un ami part VRAIMENT en vrille, l’est-elle forcément quand on n’est pas absolument fan de ce qu’il fait? Ou l’amitié ne réside-t-elle pas justement dans le fait de l’aimer MALGRE ces désaccords?

Un ami n’est pas là pour freiner les ardeurs mais pour soutenir quand ses prédictions (qu’il peut tout aussi bien garder pour lui) se seront avérées exactes. Un ami ne juge pas : il accompagne, il soutient. Il a toutes les armes pour nous faire de la peine puisque son avis compte mais justement, il ne s’en sert pas.