Ce soir, je suis seule. Il y a 20 ans de cela, cette perspective de solitude m’aurait tout simplement rendue malade d’angoisse. J’étais le genre de personne absolument désespérée à l’idée de me retrouver avec moi-même.

Ce soir, je suis seule et cette perspective m’a réjouie toute la journée. Que s’est-il passé durant ces vingt années pour que ce changement advienne? Et qu’a-t-il entraîné avec lui?

Petit parcours de solitude…

A 20 ans, être seule était synonyme d’angoisse parce que j’avais besoin du regard des autres pour exister. De leur amour, de leur approbation, de leur soutien. Sans le regard des autres, je n’existais pas.

Ma solitude se remplissait de la recherche des autres. Trouver des solutions pour ne pas RESTER SEULE.

Quand mon chéri partait, le vide absolu me remplissait. Quelle angoisse qu’être rempli de vide hein?

La solitude était là aussi lorsque les personnes autour de moi s’occupaient à autre chose qu’ETRE avec moi. Elles lisaient? Je me sentais seule. Elles voulaient regarder un film dans le salon si je voulais dormir, je m’imposais de rester : parce que je ne voulais pas ne pas exister.

Et puis ma vie a entraîné une grande solitude. Je me suis retrouvée avec mon enfant encore bien petit, dans une grande maison…

Les soirées étaient longues. J’avais bien entendu des amies qui venaient me voir. Des amoureux de passage. Mais jamais assez pour remplir mes soirées.

Alors j’ai dû apprendre à me retrouver face à moi. Cette personne étrange que je ne connaissais pas, finalement.

Et j’ai appris à remplir le vide par moi-même.

J’ai rempli mes soirées de lectures. D’amitiés virtuelles aussi qui m’ont donné de grandes leçons. J’ai commencé à écrire plus souvent, à faire des choses qui m’intéressaient, regarder des films que j’étais seule à avoir envie de voir. J’ai pris des bains longs, lu plus de livres, appris à prendre soin de moi, extérieurement et spirituellement.

La solitude m’a appris à être MOI.

Ce que la solitude m’a appris avant tout, c’est à me recentrer sur moi et à ne pas avoir BESOIN d’un autre pour me sentir vivante. J’ai appris ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas, sans l’approbation ou la validation de qui que ce soit. J’ai fini par me suffire à moi-même.

Mais étrangement, la solitude m’a également permis de m’ouvrir aux autres. Parce que, quand on n’a pas BESOIN de voir des gens, on choisit EN TOUTE CONSCIENCE d’en voir ou non. ON CHOISIT de ne plus voir ces gens qu’on n’aime pas vraiment mais qu’on préfère voir plutôt qu’être seul.

Et ça, c’est un des plus grands avantages du monde. La liberté.

A l’heure où des tas de gens se ruent sur Tinder pour vite vite retrouver une personne qui remplira leurs soirées, on peut choisir de laisser le temps au temps, de ne pas se jeter sur le premier venu comme sur une bouée de sauvetage.

Lola a grandi. Elle se couche plus tard et (si tu me lis, sache que c’est avec plein d’amour que j’écris ces lignes), mes moments de solitude se sont raréfiés. Je n’ai pas chez moi, du moins pas encore, le genre d’ado qui file dans sa chambre dès le retour de l’école : je pense qu’elle n’a clairement pas encore appris les bénéfices de la solitude… Alors j’apprécie avec un certain plaisir les moments comme ce soir où je suis seule.

La solitude m’a appris à aimer pour de vrai…

Je parle de l’amour au sens large ici.

Aujourd’hui, lorsque je choisis de voir quelqu’un, c’est parce que j’apprécie du fond du coeur sa présence. C’est parce que j’apprécie la personne en face de moi en tant qu’être à part entière. Je n’attends pas de cette personne, par exemple de ma fille, de ma soeur, de mes amis ou des hommes, de combler un quelconque vide en moi.

Je n’ai pas de faille à combler. Je n’ai pas besoin de leur regard pour me sentir exister.

 

Il m’arrive de croiser des gens frustrés par cette façon de voir les choses. Lorsque je dis que ce n’est pas grave si on ne peut pas se voir, certains trouvent ma réaction froide ou détachée. Elle est simplement apaisée en fait. Non, je ne dépends pas de ta présence pour réussir ma soirée. Oui, ta présence serait un plus. Mais oui, je peux aussi comprendre que tu aies un empêchement. Et du coup Non, je ne suis pas déçue de ton absence : je profiterai d’une soirée avec une autre personne que j’aime bien : moi. (Entre nous, cette attitude a tendance à heurter des gens qui ont BESOIN des autres pour se sentir exister. Et là, retenez toujours que, malheureusement, vous n’êtes pour rien dans cette situation et ils ont, eux, du chemin à parcourir. Vous ne le ferez pas à leur place…)

Bien entendu, il me reste dans chaque moment de solitude la conviction absolue d’être aimée de quelques personnes. Elles sont rares. Mais je sais que je suis aimée de quelques personnes qui comptent. Ce sentiment-là rend bien entendu la solitude encore un peu plus douce. J’ai cependant acquis la conviction avec le temps qu’on a besoin de très peu de personnes dont l’amour est avéré et éternel.

La solitude et les autres…

Les autres sont devenus un plus. Pas une nécessité. Le monde entier autour de moi est un bonus immense.

Quand j’ai le bonheur de croiser la route d’une personne qui a trouvé cette même voie, c’est Byzance : deux personnes qui n’attendent RIEN l’une de l’autre si ce n’est le bonus qu’elles peuvent s’apporter, c’est merveilleux. Ca m’arrive régulièrement en amitié.

 

Oui mais toi, ta solitude, tu la vis mal…

Eh bien c’est un beau challenge! Ca veut dire que la route est encore longue mais fabuleuse!

Je pense ici à deux lectrices qui m’ont écrit récemment la même histoire ou presque : l’une d’entre elles vient d’être quittée par un homme avec qui elle était pourtant très malheureuse (mais préférait rester quand même); l’autre vient d’être quittée par son copain qui en avait assez qu’elle ne le présente pas à ses parents, avec qui elle vit toujours, qui n’accepteraient pas leur relation. Les deux sont en panique parce qu’elles “se retrouvent seules” et me demandent “comment rencontrer quelqu’un”…

Il était rigolo, Guitry…

C’est drôle parce que je suis la moins bien placée pour conseiller sur “comment rencontrer quelqu’un” puisque “je rencontre” des gens par les hasards de la vie et jamais en fouillant.

Et donc ici je fais deux constats :

Le premier : ma chéwiiiie, si vous étiez si malheureux, il a fait le meilleur choix du monde pour vous deux. Vous êtes tous les deux libres de rencontrer quelqu’un avec qui vous serez heureux. Mais crois-moi : jamais tu ne seras heureuse avec qui que ce soit tant que tu as ce BESOIN absolu que l’autre te complète. Comment veux-tu former une équipe si tu n’es pas entière? Comment veux-tu qu’une personne t’aime pour qui tu es si toi-même tu ne le sais pas et si toi-même tu en es incapable?

Le second : si tu vis avec tes parents de crainte d’être seule, pensant pourtant (“pensant”, tu as vue?) que ces parents sont incapables de t’accepter telle que tu es et avec l’amour que tu portes à quelqu’un, tu as un problème évident à solder AVANT de penser à être en couple. Tu n’as besoin de l’approbation de PERSONNE pour aimer quelqu’un. Et si tu crains tellement de perdre leur affection, si tu la penses si peu solide, ça devrait te titiller un peu l’esprit et tu devrais peut-être consacrer ta solitude actuelle pour piger ce qui se trame de ce côté…

Et donc vous voilà seules…

Et si vous consacriez ce temps à trouver qui vous êtes hein?

Que feriez-vous si vous ne vouliez plaire à personne?

Qu’est-ce qui vous a toujours attiré(e) mais sur lequel vous ne vous êtes jamais vraiment penchée?

Quels sont les livres que vous n’avez jamais lus?

Commencez déjà par là…

Quand vous aurez développé un peu QUI vous êtes et ce que VOUS aimez, croyez-moi : les gens à aimer viendront tout seuls.

Elle est comme ça, la vie. Elle veut qu’on grandisse.