Je suis presque gênée de vous sortir cet article aussi tard mais, comme vous l’aurez compris, trouver du temps pour écrire est difficile ces dernières semaines.

Mais j’ai tellement apprécié ma rencontre avec Benoît Nihant que je ne pouvais rester dans le silence et ne pas partager mes découvertes.

Benoit Nihant

Le bar à cacao de Benoît Nihant…

Ainsi donc, à l’origine, j’étais invitée à découvrir le Bar à Cacao. Bon. Un endroit plein de chocolat, a priori, ça peut me plaire.

C’est donc au coeur du Passage Lemonnier, un de mes coins chéris de Liège, que j’ai poussé la porte de ce lieu plein de bonnes odeurs.

C’était joli. Genre sobre, délicat, élégant, avec une petite touche exotique et vintage plutôt dépaysante.

Tu sens d’entrée de jeu qu’on ne se moque pas de toi niveau qualité. Mais jusque là, tu vois, je n’étais pas encore captivée.

Puis Benoît Nihant Himself est venu vers moi.

Il faut savoir que moi, j’ai l’impression d’avoir TOUJOURS entendu parler de lui (alors qu’on verra que non). Il est un peu omniprésent dans le monde du chocolat en Belgique et c’est vraiment un des grands noms incontournables. Alors j’avais un peu l’impression que j’allais rencontrer le pape du chocolat.

Intimidée que j’étais, je ne savais pas trop quoi dire, alors il m’a proposé de boire un chocolat chaud. Ca me l’a tout de suite rendu super sympa.

Moi, tu vois, je suis une fille corruptible.

Et puis il a commencé à parler…

Je m’attendais à entendre parler d’entreprise. J’ai entendu parler de choix de vie.

Benoît Nihant et son épouse, c’est un peu un couple comme dans les films dans ma tête. Ils font des études tous les deux. Benoît vient d’une famille où on n’est pas cuisinier ou chocolatier. On est plutôt dans les affaires. Alors fraîchement diplômé en ingénieur commercial, il se retrouve à travailler dans une grosse boîte. Et à ne pas y être heureux. Alors son épouse lui demande de quoi il rêve et il rêve… de faire du chocolat.

Oh il a bien toujours eu un goût pour la restauration… Mais de là à quitter un métier lucratif pour faire des desserts, il y a un pas. Pourtant Benoît se lance à Château Massart et reprend une formation. Il se présente chez Wittamer, le chocolatier de la famille royale et le voilà en plein apprentissage.

Et ils se lancent, son épouse et lui, ensemble, dans le garage de son papa. Il a 30 ans.

Ils ont à peine fait leurs premiers exemplaires qu’ils poussent la porte de Comme chez Soi  et La Villa Lorraine à Bruxelles, des établissements luxueux et renommés. “Super naïvement”, ils veulent juste leur avis, ils sont accueillis avec beaucoup de gentillesse et repartent avec une commande et les voilà lancés.

Ils ouvrent leur premier magasin il y a onze ans seulement. Ils découpent même le papier alimentaire d’emballage dans leur salon le soir. Son épouse apprend les rudiments des logiciels de graphisme et se retrouve à développer leur image et même leur logo. C’est elle qui est à l’origine de leurs emballages si beaux!

Mais surtout…

Ensuite Benoit me parle de l’importance du message qu’il veut faire passer. Et là, je reste encore plus épatée.

Il m’explique comment le commerce du chocolat est une immense mafia financière qui met à mal des populations entières. Le chocolat est à 99% de la spéculation boursière et peu importent les besoins des paysans, c’est la bourse qui décide. Ces choix financiers poussent les producteurs vers de mauvais choix qui entraînent de l’esclavage,  le dérèglement du climat et des pays comme la Côte d’Ivoire dévastés. Les quantités diminuent, les paysans modifient leurs arbres pour qu’ils produisent plus. Le cacao est de qualité toujours plus médiocre et tout part à vau-l’eau.

Je pose la question des labels de qualité et il sourit amèrement. Il m’apprend que ces labels font eux aussi partie d’un commerce. Il suffit de donner 10 ou 15% de plus que le cours de la bourse mais ça ne garantit pas une culture écologique et les dégâts sont les mêmes.

C’est pourquoi, pour sa part, il a choisi d’aller directement sur place. Il travaille avec des familles avec lesquelles il s’est lié d’amitié. Il ne négocie jamais un prix car il estime que c’est au producteur à le fixer en fonction des résultats de l’année. Les familles avec lesquelles il collabore ont toutes accès à l’eau courante et à l’électricité, ils continuent de travailler avec des espèces plus difficiles à maîtriser et plus rares.

Evidemment cela a un coût. Lorsqu’il voit du chocolat moins cher que sa matière première en grande surface, il sait pertinemment les sacrifices humains consentis pour sa production et, bien entendu, c’est une chose qui le blesse.

Il fait ses choix en se basant sur des valeurs. Et ça, vous voyez, je pense que ça n’est pas assez souligné.

Une passion pointilleuse…

Il a aussi choisi de travailler son chocolat à l’ancienne. Il parcourt le monde à la recherche de machines anciennes qu’il dégotte parfois en morceaux à refabriquer. Cette technologie abandonnée par tous car pas assez rapide pour nos rythmes actuels, il la ressort de l’oubli.

Il utilise, par exemple, un broyeur du XIXème siècle avec 5,5 tonnes de granit en mouvement pour écraser le cacao!

Cette attention va dans tous les détails jusqu’au choix de sa machine à café, la meilleure, au choix des thés proposés et du service en table dans son bar…

Allez-y…

Alors je ne sais pas pour quelle raison vous irez chez Benoît Nihant, mais allez-y puisqu’il y en a mille.

Vous y trouverez une équipe formidable mais surtout quelque chose d’autre.

Je crois qu’on y ressent le projet passionné, le projet humain, les valeurs dont on a bien besoin aujourd’hui.

Et puis si je ne vous ai pas convaincu, allez-y simplement pour goûter un jus de pulpe de cacao. Je crois que c’est une des meilleures choses que j’ai goûtées de ma vie.

 

Merci, monsieur Nihant, pour cet échange. Vous prouvez une fois de plus que faire les bons choix dans la vie, c’est vraiment porteur d’espoir.