J’ai reçu pas mal de fois cette question formulée de bien des façons, soit par des parents qui aident TROP ou par des parents qui veulent arrêter trop tôt ou qui doutent de pouvoir arrêter.

J’ai été prof pendant 18 ans et je suis maman d’une ado qui travaille bien. J’ai donné des conseils à ce sujet à des dizaines de parents dans ma carrière, espérons que je vous apporterai ma pierre à votre édifice par cet article.

Y a pas de règle.

C’est la première chose : en matière d’aide parentale scolaire, il n’y a pas de règle qui soit sûre, fiable et définitive. N’oubliez pas que vous faites de votre mieux. Les conseils qui vont suivre sont donc des conseils, fruits de mon expérience et de mes observations sur des centaines d’adolescents. Mais votre enfant est le vôtre et vous le connaissez mieux que les conseilleurs.

En l’absence de difficultés scolaires

C’est la toute première donnée : votre enfant éprouve-t-il tôt des difficultés scolaires ?

J’ai remarqué que les parents ont du mal à évaluer réellement leur enfant lorsqu’ils ne sont pas professeurs. C’est normal : vous ne connaissez que votre cas personnel et celui de votre enfant.

Si vous étiez mauvais élève, vous avez parfois tendance à estimer que si votre enfant fait un peu mieux, c’est le principal. Cela entraîne parfois une exploitation de ses possibilités inférieure à ce qu’elle pourrait être. Ce n’est pas parce que vous n’étiez pas scolaire que votre enfant ne peut pas l’être et faire de très belles études.

Si vous étiez très bon élève, vous avez au contraire des objectifs parfois supérieurs à ses capacités scolaires. Je dis bien “scolaires”, parce qu’il y a des tas de voies qui n’impliquent pas d’avoir des résultats faramineux dans les cours généraux.

Mais admettons que votre enfant ait des capacités générales classiques, à savoir qu’il fait des primaires assez simplement, avec de bons résultats.

Alors, en général, on peut commencer à l’impliquer et le responsabiliser assez tôt, en moyenne au milieu des primaires.

Il s’agit simplement de lui donner une méthode de travail, de l’habituer au quotidien à vérifier son journal scolaire, à vérifier son sac, l’accompagner dans le rangement et les devoirs petit à petit.

On peut espérer qu’un enfant fasse son sac seul sans rien oublier à la fin des primaires et qu’une petite vérification des devoirs suffit.

Oui mais moi, mon fils oublie tout.

Il oublie tout dès lors qu’il sait que tu vas y penser à sa place, promis juré. Si tu le laisses une fois aller à l’école sans son sac de sport, qu’il a une note et qu’il est contraint de regarder ses copains de classe faire du foot ou nager pendant qu’il attend, la prochaine fois, il y pensera.

Oui mais que va penser la prof si je le laisse aller à l’école sans avoir fait son devoir ?

On y vient ! C’est un des gros soucis parentaux : on fait des choses pour ce qu’on va penser DE NOUS alors que l’important, c’est de penser à LUI. Vous pouvez très bien annoncer à la prof que vous allez agir de la sorte afin de responsabiliser votre enfant et elle jouera dans votre camp.

Rappelez vous qu’en primaire, il est encore temps de jouer sur les sentiments enfantins d’envie de gommette, de plaisir d’une bonne note ou de valorisation d’être traité “comme un grand”. Après, c’est moins fastoche !

Les secondaires

L’entrée en secondaire est alors un cap à négocier en douceur : ça passe ou ça casse. L’idéal est de veiller au grain de loin et de revenir dans le jeu à la moindre alerte de désengagement.

J’ai connu des tas de parents qui me disaient “j’estime qu’à 13 ans, il est capable de se débrouiller seul”. C’est vrai. Sauf si… ce n’est pas vrai. Sauf si ça ne fait pas partie de ses priorités tout à coup, sauf s’il ne s’intègre pas facilement dans sa nouvelle classe, sauf si tout à coup il rencontre une difficulté.

Lola travaille seule depuis le milieu des primaires. Elle gère ses études sans problème depuis. Mais voici que se présente sa première difficulté : les maths. Comme sa mère dirais-je ^^

L’alerte est simple : une chute de points.

Quand votre enfant fait un résultat régulier en permanence, pas d’urgence de s’inquiéter. On se penche sur la question quand une chute de points se révèle et devient régulière. Ca ne veut pas dire un échec, une simple baisse suffit à demander un petit check.

La baisse de Lola en maths est mineure et n’est que le signal qu’elle ne sera pas une matheuse, ce qui n’est pas une surprise. Tous les cours littéraires sont une simple formalité, les cours mathématiques n’en sont pas.

Se réjouir de la difficulté

Oui, vous avez bien lu : je trouve ça très bien qu’elle soit confrontée à cette difficulté car c’est une très belle source d’apprentissage. Non pas qu’il faille qu’elle force jusqu’à devenir bonne en maths, en toute franchise, on s’en fout.

L’intérêt, c’est de voir la chose comme l’apprentissage de la lutte contre une difficulté de la vie, tout simplement.

Cela signifie :

  • apprendre à digérer une déception
  • apprendre à chercher des solutions
  • apprendre à faire confiance à une aide extérieure
  • apprendre à revoir des choses apprises d’autre façon pour parvenir à les intégrer
  • apprendre à s’organiser pour franchir un problème

Et tous ces apprentissages sont cruciaux dans l’existence.

L’objectif de Lola n’est pas de devenir bonne en maths : son objectif est de traverser les secondaires sans leur consacrer un été entier par exemple.

Ici, est-ce que je la laisse travailler seule ?

Oui et non. Je lui ai proposé de prendre des cours pour que le problème n’empire pas. Elle a donc appris que face à un problème, il vaut mieux le prendre à la racine que le regarder devenir grave.

Autant elle a surfé sur ses facilités dans les autres cours, autant elle a bossé pour avoir les points qu’elle voulait en maths. Les points qu’elle voulait. Pas ceux que JE voulais.

Bref, c’est dans la difficulté qu’on apprend à pousser !

En cas de vraies difficultés scolaires

Tout le monde n’est pas égal face aux études qui sont TELLEMENT mal faites qu’elles correspondent réellement très mal aux enfants aux dispositions particulières.

En cas de vraies difficultés scolaires, souvent révélées en primaires, on peut accompagner le temps qu’il faudra. Mais l’idée est d’abandonner la notion de points. D’apprendre à son enfant que ce n’est pas là l’essentiel car dans la vie, l’essentiel est de trouver ce qui forge notre bonheur.

Bien entendu que ne pas faire d’études ferment certaines portes. Cela signifie sans doute que votre enfant ne sera pas médecin ou chimiste ou explorateur spatial.

Mais Lola ne sera pas non plus physicienne, la porte est fermée.

Des portes se ferment pour tout le monde chaque jour et ce n’est pas grave : l’important, c’est de voir les portes ouvertes.

Nous connaissons tous des gens brillants qui vivent des réussites incroyables sans avoir fait d’études et ça peut être le cas de votre enfant.

Et sinon, nous connaissons tous des gens très heureux qui ont trouvé une voie pleine de bonheur sans avoir fait d’études.

L’important est d’apprendre à votre enfant à se trouver lui-même et à trouver ce qui pourra rendre sa vie plus belle. Lui donner ces armes-là, c’est tout ce qui compte.

Attention : cela ne signifie pas abandonner. Cela signifie peut-être chercher un secteur scolaire épanouissant, un type d’école particulier, un apprentissage différent. Dans lequel il s’agira à nouveau à apprendre à votre enfant à trouver les solutions qui l’aideront dans la vie, tout seul, plus tard.

Ce que je sûre qu’il ne faut jamais faire

J’ai des doutes sur bien des choses mais il y a des domaines précis où je suis sûre de mon expérience.

Voici donc quelques conseils de choses à NE PAS faire pour votre enfant.

Déresponsabiliser son enfant/ado

Peu importe son âge, un enfant est capable et a besoin d’être responsabilisé dans la mesure de ses possibilités.

Comment voulez-vous qu’un enfant ait confiance en lui si vous n’avez pas assez confiance en lui pour le laisser faire les choses ?

Faire son sac jusqu’en secondaire parce que “de toute façon si je te laisse faire, ce sera le bordel” ou “tu vas encore oublier la moitié de tes affaires”, bonjour le service rendu… Entendre ce genre de phrase ne fait que renforcer la conviction de l’enfant qu’il n’est pas capable de le faire seul.

A partir d’un certain âge que vous déterminerez, ce n’est pas votre problème si c’est le bordel dans son sac. Si ce bordel lui convient, tant mieux/pis pour lui.

Commencez par rendre votre enfant de 6 ou 7 ans responsable de l’ordre de ses crayons… Puis de sa trousse entière, puis de son sac de sport, pour terminer par la totale. Si vous commencez cet apprentissage sur le tard, évidemment qu’il oubliera la moitié : on ne l’aura pas responsabilisé lorsqu’il en était capable.

Et rappelez-vous que ces apprentissages seront MILLE FOIS plus durs à l’adolescence parce que c’est un âge où c’est beaucoup moins important pour l’enfant. Souvent, vouloir s’y prendre à 15 ans revient à devoir croiser les doigts pour qu’il se prenne en mains à 21 en fait…

Croire qu’il sait

Au contraire, par contre, j’ai vu des tas de parents convaincus que leurs enfants devaient savoir étudier, devaient savoir ranger leurs cours etc.

C’est faux : on ne naît pas en sachant comment on étudie. Et de nos jours, personne n’apprend ça aux enfants. Vous avez la sensation que tout le monde sait, si vous avez fait des études. Mais vraiment, croyez-moi, expliquer à votre enfant des méthodes pour étudier l’aidera vraiment. Je ne parle pas de le faire réciter. Je parle de lui expliquer que certaines personnes ont une mémoire visuelle ou auditive etc. Et de le guider vers la bonne façon pour LUI.

J’ai appris à Lola à faire des résumés, je lui envoie souvent des méthodes d’études trouvées sur Pinterest, etc.

Même chose pour l’organisation des classeurs : on peut vite être débordé en secondaire. Quand votre classeur se pète et que tout est mélangé, un petit coup de main est le bienvenu. Les bons outils aussi, les bons intercalaires pratiques parce qu’on les voit bien, des fiches si votre enfant aime étudier sur des fiches etc.

C’est le domaine où les enfants, selon mon expérience, ont LE PLUS besoin d’être accompagnés LONGTEMPS.

Je n’aide pas Lola à proprement parler mais elle vient vers moi avec des questions du genre “je n’arrive pas à retenir facilement les verbes irréguliers”. Trouver avec elle une vraie méthode pour l’aider est plus utile que lui faire son sac, croyez-moi. Quand la méthode marche, elle marchera pour toute sa vie !

Vous ne savez pas comment faire ? Pas de souci : Pinterest est votre ami. Il suffit de taper “Méthode de travail + collège ou lycée ou primaire”. Vous trouverez des tas de solutions !

Je peux aussi vous conseiller quelques livres comme : (cliquez sur le titre pour voir le livre)

Explose ton score au collège – il traite essentiellement de comment étudier. Il regorge d’astuces pour vraiment MIEUX étudier en expliquant comment fonctionne le cerveau et comment mieux retenir une information. Il s’adresse aux ados. Lola l’a bien aimé !

J’apprends à apprendre à l’école – Je l’ai offert à Lola quand elle est entrée en secondaire il y a deux ans. Il explique tout sur l’école, comment on peut optimiser son organisation, comment on peut savoir quel élève on est, etc… Il y a 50 fiches très bien expliquées.

Le faire à sa place

Et c’est pourtant très courant. Votre enfant n’a pas fait son devoir et il rentre tard de son cours de sport ? Vous avez envie de l’aider et… vous le faites à sa place.

Votre enfant déteste lire et on l’y oblige ? Pauvre de lui, vous lisez le livre à sa place.

Je maintiens que RIEN n’est plus efficace pour faire grandir votre enfant que de le confronter à la vie. Et dans la vie, parfois, il aura envie de sortir ET un dossier à rendre. Alors bien entendu, si vous prévoyez de faire ses dossiers jusqu’à sa retraite, pourquoi pas ?

Le souci dans ces exemples, c’est que l’on voit la chose comme un simple exemple d’un instant T. On résout un problème immédiat pour en développer un autre sur le long terme.

Lola n’aura jamais réellement besoin des maths. Mais elle aura besoin de courage. Faire ses travaux à sa place, c’est la priver d’un entraînement au courage.

Rappelez-vous, à chaque fois que vous ressentez la tentation d’aider votre enfant en faisant les choses à sa place, que cela revient exactement à lui couper un membre qui ne repoussera jamais.

Le laisser étudier dans sa chambre pendant des heures

Ok. On est en 2019. La mauvaise nouvelle ? Non, dans une chambre, on n’étudie pas pendant des heures. Déjà à notre époque, on n’étudiait pas pendant des heures. Alors imaginez comment on étudie en 2019 avec son téléphone ou son ordinateur.

Ma soeur a étudié des heures et des heures (hein Gab ?). Par contre, qu’est-ce qu’elle commentait partout sur les réseaux ! Votre enfant ne vous le montrera pas mais il reviendra de sa chambre en connaissant mieux les dernières tendances que la leçon de chimie, croyez-moi. La tentation est gigantesque et ils ne sont pas plus forts que nous.

Dans le salon, il y a parfois d’autres freins ceci dit…

Aidez-le en lui conseillant de ne pas emmener son téléphone ni son ordinateur (NON, il n’est pas nécessaire d’avoir internet pour faire ses devoirs, hormis à de rares exceptions de l’année). De ce côté-là, Lola se gère pas mal seule, je préfère lui demander son av

Témoignage de Lola : si je prends mon ordinateur, il suffit qu’une pub s’ouvre et je perds 30 minutes sur Zaful. Même la musique me déconcentre en fait parce que j’ai envie d’écouter les paroles. Donc je laisse tout en bas et je n’étudie que 30 minutes, comme dans la méthode Pomodoro, mais ce sont de vraies minutes. Après, en général, je connais la leçon, c’est pas comme si on avait 30 pages à étudier du jour au lendemain. Quand c’est une plus grosse matière, je coupe des tranches de temps d’étude et ça marche. Mais non, personne n’étudie pendant des heures dans sa chambre s’il a un téléphone, c’est normal. On jette un oeil sur instagram et hop, une heure est passée. Par contre, je n’aimerais pas qu’on m’interdise mon téléphone : je préfère qu’on me le déconseille. On n’est pas bêtes, on sait très bien quand on perd du temps. Pour ceux qui ne s’en rendent pas compte, on peut leur dire de regarder leur temps d’écran. Si je pense que je ne vais pas me concentrer, j’étudie dans le salon : je sais que je n’oserais pas être sur mon téléphone tout le temps, ça m’aide à me forcer.

A quel âge cesser d’aider son enfant à l’école ?

Concrètement ? Dès le début et jamais à la fois.

Vous serez toujours un soutien mais ce soutien doit être moral et non logistique.

Je n’ai rien fait de tout ça et mon ado est une plaie

Ca c’est un courrier que je reçois régulièrement aussi.

C’est sûr que quand tout roule jusqu’en secondaire pour partir en vrille ensuite, on ne l’avait pas vu venir. Je remercie le ciel de m’avoir offert ces 18 années dans le monde merveilleux des adolescents : j’ai réfléchi profondément à ce que je faisais avec Lola. Ca m’a aidée à ne pas commettre certaines erreurs. (Si vous saviez à quel point j’ai eu souvent envie de lui arracher son sac pour le faire moi-même quand à 6 ans elle réfléchissait 12 minutes pour savoir si elle allait prendre la gomme rose ou la verte…)

Vous pouvez tenter de reprendre les choses depuis le début et proposer de le responsabiliser pas à pas puisque ça n’a pas été fait plus tôt. Bien entendu, c’est un peu tard pour qu’il se réjouisse de recevoir des gommettes… S’agit donc de trouver autre chose.

Je crois que, lorsqu’arrivent les 15 ans et que c’est le bordel, vous êtes la dernière personne à pouvoir aider votre ado. Vous êtes le vieux con, désolée de vous l’annoncer. Celui qui ne comprend rien. Celui qui fait chier. L’empêcheur de regarder Netflix en rond. Le diable.

Et c’est pas grave.

Si le dialogue est rompu, il arrive qu’une personne extérieure puisse être plus à même d’aider votre enfant. Un grand cousin, une tante, un ami de la famille.

Je me dis souvent que maintenant, le jour où je rencontrerai un problème avec Lola, je me tournerai vers Gab par exemple.

Mais même si votre enfant a l’air de totalement s’en foutre, n’oubliez pas que PERSONNE n’aime l’échec. Les pires élèves que j’ai eus étaient très très heureux lors de la moindre réussite. Le meilleur moyen que j’avais d’aller en rechercher un qui avait l’air complètement déscolarisé était toujours de lui montrer ses talents, peu importe lesquels. C’est de là que la remontée partait. Une phrase comme “tu es drôlement fort en sciences dis donc, je te vois bien devenir…” et je citais un métier. Cette petite phrase ouvrait des portes, allumait une petite lumière.

Il y a toujours une petite lumière. Suffit de l’attiser de nouveau. Juré.