Ca fait un moment que je ne vous ai pas écrit, mille excuses. Etre présente sur les réseaux m’est plus simple quand je suis ultra au bout du rouleau et là, entre la maladie passagère de Lola, mon énorme rhume bien encombrant et la fin de l’année au travail, écrire était difficile et je rentrais m’écrouler dans le canapé!

Et justement, c’est cette étape canapé qui m’a poussée à cette réflexion. D’ordinaire, voyez-vous, je choisis ce que je regarde, je lis, je m’informe avant de vous écrire, bref, je ne me laisse pas nourrir par la télévision.

Et là, crevée, j’ai fini par caler devant Hanouna et les émissions de téléréalités diverses. Au début, ça me semblait horriblement crétin et, avec le temps, sur quelques semaines donc, parfaitement tolérable.

Et vous savez quoi? Ca m’a fait peur.

Parce que je pourrais très vite me laisser aller à cette facilité que nous offre le monde qui nous entoure : le prêt-à-manger télévisuel. Jeune, j’ai rencontré des gens qui m’ont ouvert l’esprit à la culture. Ils m’ont fait regarder des films qui ne passaient pas dans les cinémas, lire des livres qu’on ne vendait pas dans les supermarchés et regarder des émissions qui ne passaient pas sur TF1.

Ca a fait de moi quelqu’un qui, sans prétention, sait écrire, ça m’a aidée à réfléchir, à apprendre à développer mes idées, les préciser et les construire. Si j’avais rencontré des gens qui m’avaient éveillée aux joies des mathématiques, sans doute aurais-je développé d’autres forces.

Mais qui serais-je devenue sans ça? Si j’étais restée l’adolescente qui regardait Hélène et les Garçons ou Beverly Hills 90210 uniquement? Sans avoir lu Vian, Zola, Baudrillard, Petitfils, sans avoir vu Lynch, Jarmusch, Tarantino ou Lanthimos? Je ne vous écrirais sans doute pas. Je ne ferais sans doute pas le métier que je fais et que j’aime. Je n’aurais sans doute pas les amis que j’ai. Bref, ma vie serait tout autre. Peut-être pas moins heureuse mais en tout cas moins consciente de la chance que j’ai de vivre une vie dont je suis seule pilote.

Et je serais prête à laisser tout cela s’envoler pour… de la facilité?

Il est évident qu’en rentrant d’une longue journée de travail, il est plus simple de se laisser porter par du facile. L’esprit s’évade et flotte sur un grand amas de néant, de vannes pourries, de fautes de français (je vous jure, les personnages de la téléréalité ont l’air de sortir tout droit d’une parodie de Bescherelle Ta Mère), d’abrutissement lent et sourd.

Et puis je suis tombée sur ceci :

 

Et je me suis réveillée. Oui, une bête phrase croisée sur Pinterest, comme quoi… Ai-je envie de ME nourrir de ces trucs-là? Ai-je envie surtout que ma fille se nourrisse de ça? De limiter son esprit à ce point. De lui mettre des oeillères sur le monde, parce qu’il s’agit bien de cela, en limitant son univers à des greluches décérébrées en bikinis et des animateurs qui larmoient, rient et provoquent pour conquérir le coeur de gens trop fatigués pour zapper?

Merde, non.

Je n’ai pas élevé ma fille à grands coups de romans, de longues discussions, d’échanges, de récits historiques ou d’explications sur la politique pour finir par lui montrer que le monde, c’est ça :

Alors je suis extrême hein… Mais oui, je pense que ce sont toutes ces daubes qui ont poussé le monde à élire un Trump à asseoir son cul de suprémaciste blanc inculte derrière le plus grand bureau du monde. Je pense que ce sont toutes ces daubes qui font que des générations entières CROIVENT que Kaaris, c’est un grand révolutionnaire de la culture underground. Je pense que ce sont toutes ces daubes qui limitent nos gosses et les rendent cons, incapables d’aligner deux idées ou de penser autrement que ne le leur dictent des types comme Hanouna.

Quand une fleur ne fleurit pas, tu répares l’environnement dans lequel elle pousse, pas la fleur elle-même…

Parce que je ne veux pas encore dire que « c’était mieux avant », mais n’oublions pas que dans les années 80 et même encore 90, le samedi soir, à l’heure de grande écoute (20h30), on trouvait Droit de Réponse, de Michel Polac. Thalassa passait dans les heures grand public. Parlons aussi de 7 sur 7. Ou, pour les enfants, Temps X, avec les Frères Bogdanov, qui étaient loin de proposer de la débilité profonde. Le Grand Echiquier, les Dossiers de l’Ecran, Apostrophes, Monsieur Cinéma et j’en passe.

Ces émissions ont été reléguées aux heures nocturnes (et encore) une fois l’arrivée tonitruante de Loft Story (« Sous les néons, le néant ») et autres…

Et pourtant, un bon débat n’est pas plus emmerdant qu’une conversation entre Gradur et Hanouna, finalement…

 

Seule l’élévation de l’esprit peut nous mener vers un avenir meilleur et nous éviter cet espèce d’âge noir vers lequel tout semble nous pousser. Rien ne nous oblige à accepter de nous laisser porter. On peut faire mieux, proposer mieux à nos enfants, du moins tant qu’il nous reste un peu d’esprit et de conscience.

Je vous propose, pour les fêtes, d’offrir à vos enfants un musée, un voyage vers une ville inconnue, un film un peu différent, une émission animalière, ou même un abonnement à une sélection de chaînes moins débiles. Je vous assure qu’un bruit de fond (avouons que la télé est souvent un bruit de fond pour nos gosses…) un peu moins con, ça change déjà les choses…

Alors une de mes bonnes résolutions 2018 sera de continuer à lire, même si je me couche tard, de mettre à la télévision des émissions différentes au moins la moitié du temps, de continuer à analyser les merdes musicales histoire qu’on réalise bien vers quoi on va et de passer plus de temps à PARLER avec les gens qu’à ECOUTER des chroniqueurs grassement payés pour susciter des polémiques à deux francs six sous ou des débiles enfermés dans des boîtes avec des secrets pourris qui n’intéressent personne.

Je grandirai au travers des gens que je rencontrerai et des lieux que je verrai…

Joyeux Noël mes Imparfait(e)s, je vous souhaite de grandir auprès des gens que vous aimez <3